Votre métier :

Je suis responsable de communication pour la marque Millet. En quelques mots, la communication d’une marque consiste à valoriser le capital de la marque, à le communiquer, et à trouver les meilleurs outils pour cela. Millet fabrique des produits dédiés pour toutes les pratiques de la montagne. Les outils que nous utilisons actuellement sont 360° : print, web…, à destination des magasins, des commerciaux… Tout ce panel d’outils va reprendre à la fois l’histoire de la marque, son ADN, ses valeurs, les caractéristiques techniques des produits, pour qui ils sont fait, pourquoi ils sont développés de cette manière là… La communication valorise ainsi tout le savoir-faire et tout l’héritage de la marque Millet.

Patrice Folliet, Millet

L’histoire de Millet :

C’est une marque historique qui a plus de 60 ans. La marque porte le nom d’une famille, la famille Millet, qui en 1921 fabriquait des cabas dans la région lyonnaise à Saint-Fons. Ces cabas avaient déjà des bretelles, on pouvait ainsi les porter comme des sacs à dos. Cette famille Millet est venue s’installer à Annecy en 1927. Elle a commencé à fabriquer non plus des cabas mais des sacs à dos. Petit à petit ces sacs sont devenus des sacs à dos de montagne.

En 1945, les deux fils Millet, René et Raymond, prennent la succession de l’entreprise familiale. Tous deux étaient passionnés de montagne et d’escalade. Assez naturellement ils ont essayé de créer des sacs à dos qui allaient les aider dans leur pratique. A cette époque-là, on grimpait déjà sur le Biclop à Annecy. Un certain dénommé Lachenal faisait partie du CAF local et grimpait avec les frères Millet. La connexion s’est donc faite de grimpeurs à grimpeurs. Les frères Millet se sont ainsi mis à fabriquer des sacs à dos pour les pratiquants, pour les alpinistes, puis pour l’expédition française en 1950, menée par Herzog et Lachenal, qui a conquis l’Annapurna. En cette période post guerre les sommets représentaient une nouvelle forme de conquête. Seuls les sommets de plus de 8000m n’avaient pas été conquis. En atteignant le sommet de l’Annapurna, l’expédition française a été la première au monde à conquérir un sommet de 8000m d’altitude. Cette expédition est rentrée dans l’Histoire, à l’époque c’était comme mettre le pied sur la Lune. Et cette expédition était équipée de sacs à dos Millet. La marque s’est retrouvée projetée sur le devant de la scène internationale. Rapidement, Millet s’est développé en proposant des produits spécifiques pour la pratique de la montagne.

En 1960, Millet s’est attaché les services de conseillers techniques. Walter Bonatti, premier conseiller technique pour la marque, a participé au développement des produits. Concrètement il venait chercher son sac à dos dans les ateliers Millet. Il partait le tester sur le terrain : Annecy, Chamonix, en expédition dans différentes régions… Il revenait à Annecy pour dire ce qu’il avait aimé, ce qu’il lui plaisait moins,  les idées auxquelles il avait pensé… Ce qui a permis dès le début à la marque d’innover et de coller aux besoins des pratiquants.

La montagne de 1950 et celle d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes. Les besoins ont évolué, les pratiques également, ce que l’on faisait en 5 jours avant se fait désormais en 5 heures. Je caricature un peu mais c’est presque la réalité. C’est notamment grâce à l’évolution des pratiques mais aussi des outils qui permettent d’accéder à la montagne.

Il y a un point essentiel pour une marque de montagne c’est que sans équipement la montagne est inaccessible. Aujourd’hui tous les produits Millet rendent accessible cette montagne et sont capables d’équiper les pratiquants des pieds à la tête. Bonnet, gant, vêtement technique, t-shirt, polaire, doudoune, veste de protection, veste d’action, pantalon, chaussure, corde, sac à dos, sac de couchage, chausson… Il y a un vrai savoir-faire textile chez Millet. Par contre, la marque ne travaille pas le métal et ne propose pas de produits « hard » : ski, chaussure de ski, gaine, descendeur…

Son lien avec Annecy ?

Il est très fort et historique depuis 1927. Aujourd’hui, la société Millet est toujours basée dans l’agglomération annécienne, s’est développée et représente plusieurs centaines d’emplois. La marque conserve du reste un lien très fort avec Annecy puisque l’on dispose ici d’un terrain de jeu exceptionnel qui nous permet tous les jours d’aller tester les produits, de faire des photo shoot sur le terrain… Si un détail reste à régler sur un produit, nous sommes capables dans l’après-midi de monter au Semnoz, au Mont-Veyrier, soit pour faire une photo produit, soit pour vérifier un point technique. C’est très important pour nous.

Annecy se positionne de plus en plus comme la capitale des sports outdoor. Qu’en pensez-vous ?

Beaucoup de gens le découvrent mais c’est quelque chose dont je suis convaincu depuis très longtemps. En tant qu’annécien d’origine et de cœur je connais tout ce que l’on est capable de faire et de pratiquer notamment dans une proximité géographique et temporelle importante. Je pense que dans le monde il y a peu de lieux où il est possible de pratiquer le ski nautique et le ski alpin à 20-30 min d’intervalle. Ce potentiel et cette diversité de pratiques sont une richesse qui doit être préservée. Développée, mais préservée. Le lac d’Annecy est un lieu précieux. Je pense que les gens qui viennent ici ne l’oublient pas. Un tel concentré de beauté, d’activité et de découverte, je crois que ça reste quelque chose d’assez exceptionnel.

Millet a marqué l’Histoire avec de grandes expéditions et des produits devenus cultes, comment prépare-t-elle l’avenir ?

Millet a aujourd’hui 3 produits très forts :
– Le sac à dos, forcément, en lien avec l’Annapurna.
– Le duvet : le sac de couchage ou la doudoune.
– La chaussure d’expédition : une chaussure qui s’appelle Everest, la dernière née étant l’Everest Summit. C’est un produit qui vous permet d’aller gravir les plus hauts sommets de la planète dans des bonnes conditions. Elle est capable de vous protéger jusqu’à une isothermie de -60°C. C’est pour nous un très bon exemple d’innovation puisqu’on a intégré dans cette chaussure des matériaux qui viennent de la recherche aérospatiale. C’est vraiment un concentré de technologie. Il n’y a pas beaucoup de chaussures sur le marché qui vous protègent jusqu’à une telle température et il est important pour les pratiquants de revenir avec la totalité de leurs orteils…

Pour ce qui est de la préparation de l’avenir, avec Millet c’est toujours un peu avec la même recette, à savoir :
– Un lien très fort avec le milieu de la montagne, notamment à travers des conseillers techniques. Millet équipe depuis 2010 la Compagnie des Guides de Chamonix qui constitue aujourd’hui notre équipe de conseillers techniques. Ce sont eux qui testent les produits sur le terrain au cours de leur pratique personnelle ou professionnelle. Soit des produits qu’ils vont sélectionner pour leur propre usage. Soit des produits que l’on veut lancer sur le marché via un comité de tests, composé d’une vingtaine de personnes, guides, BE ou accompagnateurs. Cela nous permet d’avoir des retours très rapides sur les nouveaux produits et ainsi de les améliorer dans un délai très court avant de les lancer en fabrication. C’est une force importante pour la marque.
– La 2ème clé, complètement liée avec le test terrain, c’est l’innovation. Pour une marque l’innovation est synonyme de recherche permanente de nouvelles technologies, de nouveaux procédés de fabrication, de nouveaux matériaux, de nouvelles associations de matériaux, qui vont permettre d’apporter plus de technicité, plus de légèreté, plus de protection à ses produits.

Ces deux éléments procurent à Millet une vraie différenciation car les produits lancés sont testés et éprouvés par la Compagnie des Guides, donc ils sont durables et fiables.

Quelles sont les avantages concurrentiels de Millet ?

Le 1er avantage c’est la verticalité. Millet est une marque verticale, de moins en moins de marques sont capables de le faire, et c’est une vraie signature. On fait des cordes, on fait des chaussons, on fait des chaussures, tous les produits que l’on fait rende la montagne accessible et permettent justement d’appréhender cette verticalité.

La 2ème chose c’est que Millet est dans un état d’esprit symbolisé par le mot anglais « rise up ». C’est-à-dire s’élever dans la dimension verticale, mais aussi s’élever dans la dimension spirituelle. Nous sommes ambitieux, nous osons développer de nouvelles technologies, nous osons faire des erreurs, nous osons nous améliorer, nous osons nous aventurer sur des terrains que nous ne connaissons pas. L’innovation ce n’est pas quelque chose qui tombe comme cela par hasard, qui marche du premier coup. C’est comme en montagne, on est dans une voie difficile qu’on a jamais fait, on va oser aller plus haut, on va oser recommencer parce que l’on n’y est pas arrivé la première fois, on va oser s’élever. C’est un peu une recherche spirituelle : plus la difficulté est grande, plus la valeur du résultat et de la réussite est importante. Cette élévation physique et spirituelle caractérise la marque.

Le 3ème point de différenciation c’est le fait que nous soyons multi-spécialises. Nous sommes capables d’équiper un pratiquant des pieds à la tête. Et Millet est performant sur l’ensemble de ces produits, ce qui n’est pas évident car nous sommes souvent en concurrence avec des mono-spécialistes.

Le 4ème point c’est la sécurité. Par exemple lorsque l’on fait une chaussure de montagne, on pense au fait que cette chaussure doit pouvoir sauver une vie à un moment donné. Parce que la personne qui les porte n’aura pas eu froid aux pieds. Pour une veste de protection, c’est pareil, la veste doit être étanche, durer dans le temps, tout comme la corde… Nos équipements sont conçus comme des éléments de protection contre les éléments extérieurs pour nous permettre de progresser en montagne. Cela me permet de faire le lien avec une innovation que l’on vient de sortir. Il s’agit d’un sac à dos airbag pour la pratique du ski touring. Il permet aux personnes de s’engager. Cela n’enlève en rien les problématiques de connaissance de son environnement et du milieu, de mesure de risque… mais cela permet, en cas de pépin, d’avoir une augmentation des chances de survie grâce au ballon qui vous garde au sommet de l’avalanche. Ce n’est pas une assurance tous risques, c’est un élément supplémentaire qui permet de diminuer le risque en cas de problème.

Millet a conclu récemment un partenariat avec l’Office de Tourisme du Lac d’Annecy. Comment est né ce partenariat ? 

Lorsque nous avons été sollicités, cela nous a semblé une évidence. Nous n’avons pas eu besoin de réfléchir, cela nous paraissait naturel. Il y a connexion forte entre l’environnement extérieur que valorise l’Office de Tourisme et la marque Millet qui valorise les activités et propose des produits à des pratiquants.

Millet est également membre de l’Outdoor Sport Valley, pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette association ?

Millet est membre fondateur de l’Outdoor Sport Valley. La naissance de l’association provient notamment d’une rencontre avec Remi Forsans il y a quelques années et d’un besoin de valorisation du territoire. C’était aussi lié au constat que de plus en plus de marques du milieu de l’outdoor étaient présentes ici. C’est une vraie force qu’il faut mettre en avant et à laquelle il faut donner des moyens, de la visibilité. C’est ce que s’emploie l’OSV à faire et de manière assez performante je dois dire. Cela permet aujourd’hui au bassin annécien de devenir un centre d’attractivité autour de l’outdoor d’un point de vue économique et plus seulement touristique ou de loisirs. L’OSV est en train de se doter de structures et de moyens, elle développe de nouvelles synergies. Elle connaît bien ses adhérents de plus en plus nombreux, pour lesquels elle propose un certain nombre de services : formation, recrutement, moyens économiques, organisation de salons, d’événements. L’association est vraiment dans la valorisation de l’aspect économique autour de l’outdoor. Elle représente un élément supplémentaire pour revendiquer Annecy en tant que capitale de l’outdoor. Annecy capitale de l’outdoor d’un point de vue touristique, d’un point de vue diversité des activités praticables, mais également d’un point de vue économique.

Vos débuts chez Millet ?

Je suis rentré chez Millet il y a un certain nombre d’années en tant que responsable du marketing sportif avec la responsabilité d’organiser les événements, les partenariats et les relations avec les conseillers techniques.

Travailler chez Millet c’est forcément être passionné de montagne ?

Passionné oui, avoir une sensibilité montagne certainement.

Depuis quand et d’où vous vient cette passion ?

Quand on né à Annecy et qu’on a un tel terrain de jeu c’est difficile de ne pas s’amuser et de ne pas tester tout ce qu’il est possible de faire. Pour vous donner un exemple il y a 20 ans j’organisais des raids sportifs multi activités autour d’Annecy. Je faisais faire du VTT, du canoë, de l’escalade, de la via cordata, du run and bike, du roller… C’était vraiment pour moi une manière d’apporter une formule de raid assez ludique à des gens qui étaient en demande à cette époque-là. Aujourd’hui nous sommes toujours dans la même tendance mais chaque personne peut s’organiser soi-même plus facilement son raid multi activité. Le matin on fait le tour du lac à vélo, l’après-midi on part en randonnée au Semnoz. Le lendemain on fait du parapente, puis on redescend traverser le lac en canoë. C’est tellement facile et accessible qu’on peut optimiser toutes les activités et ce dans une proximité géographique importante.

Quelles activités pratiquez-vous ?

J’ai une pratique multi activités.
J’aime beaucoup le trail. J’ai commencé comme tout le monde à courir autour du lac, car c’est magnifique et ressourçant. Suite à cela, je me suis davantage orienté vers une pratique trail et aujourd’hui ce que je préfère ce sont les single track. Parcourir les petits sentiers sinueux, dans le Semnoz, dans le Veyrier… c’est des moments en montagne qui sont assez forts.
Je pratique aussi le VTT, plutôt cross country mais également le ski de fond, le ski de randonnée et l’escalade.
Nous avons un terrain de jeu qui est tellement magnifique, avec tellement de possibilités… Je suis né à Annecy, ça fait 45 ans que je vis ici et pourtant je m’amuse toujours autant et découvre encore plein de choses.

Quand ?

Pour le trail c’est entre midi et deux. Sinon pour le VTT et le ski de rando c’est le week-end.
Parfois, ça peut également être avant d’aller travailler. Par exemple la montée au sommet de la Tournette à 5h du matin, j’appelle ça une Tournette express. Et à 9h je suis au boulot prêt pour une journée avec des images incroyables dans la tête. Ce sont des moments forts de la saison.

Patrice Folliet, Millet

Depuis quand habitez-vous ici ?

Depuis toujours.

Le lac d’Annecy en 3 mots ?

Aérien, terrestre, sous-marin.
Plus qu’en 3 mots, pour moi le lac d’Annecy représente ces 3 dimensions : aérienne, terrestre et sous-marine. Le lac d’Annecy, c’est un spot unique pour de nombreuses pratiques aériennes et terrestres, mais également très intéressant d’un point de vue sous-marin, une dimension peut-être moins connue.  J’ai fait beaucoup de plongée sous-marine sous le lac et il y a vraiment des choses intéressantes à voir : des épaves, des tombants, des poissons…

Millet en 3 mots ?

Verticalité, engagement, s’élever (rise-up).

Votre saison préférée et pourquoi ?

Les 4 car à chaque saison ses activités !
Globalement le printemps nous sommes plutôt sur l’activité trail avec ma femme. Nous terminons la saison de ski de randonnée avec les dernières combes des Aravis en avril/début mai et nous reprenons le trail en parallèle.
L’été nous sommes toujours sur la pratique du trail avec quelques courses au programme et faisons également un peu de canoë.
L’automne nous finissons la saison de trail mais pratiquons aussi l’escalade et le VTT.
Pour boucler la boucle et l’année, dès que les premières neiges arrivent nous passons sur le ski de fond, le ski de piste et le ski de randonnée.

Votre plat régional préféré ?

La fondue.

Une expression locale ?

Dré dans l’pentu !

Votre évènement favori ?

L’Annécime et désormais la Maxi-Race du Lac d’Annecy, car le tour du lac par les sommets c’est quelque chose de magnifique !

Votre petit coin de paradis ?

Sur le lac, par exemple en canoë, car le dépaysement est total. La vision et la sensation sont complètement différentes si l’on est au bord de la berge et que l’on regarde le lac ou si l’on est au milieu du lac et que l’on regarde la berge. Dans ce deuxième cas, au milieu de l’eau, on a l’impression de ne plus faire partie de la même dimension.

Un endroit pour s’évader en amoureux ?

La pointe de la Balafrasse en ski de randonnée. C’est souvent une des randonnées qu’il est possible de faire tôt dans la saison. Et elle me ramène à un souvenir : l’an passé, le 2 janvier, nous étions au sommet de la Pointe de la Balafrasse avec ma femme, seuls. C’était un moment fort dans un petit coin de paradis !

Une superbe journée en famille ?

Une journée en escalade à la Grande Jeanne ou à la dalle de Duingt car c’est un vrai moment de partage.

A ne pas manquer avant de partir d’ici ?

Un tour sur le lac d’Annecy, avec le Libellule par exemple, un classique mais qui donne vraiment une autre vision du lieu.

Un petit mot pour la fin ?

Venez découvrir Annecy et son lac ! Je ne connais personne qui n’ai pas apprécié Annecy. Il y a tellement de possibilités qu’il est difficile de ne pas trouver son bonheur, quelque soit sa passion.

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